On a roulé sur la Planète Salée !

On a roulé sur la Planète Salée !

Epique sortie de La Paz

Un 6000m en poche et la cerise bien refaite nous revoilà frais et dispo à reprendre la route le 30 juin. Oui mais un obstacle de taille se dresse déjà devant nous. La remontée complète de La Paz pour atteindre El Alto, soit passer de 3200m à 4100m en une vingtaine de kilomètres. Deux options s’offrent à nous :

- la 1ère, sportive, longue et rude pour nos poumons consiste à relever le défi à vélo – facile vous nous direz, on en a vu d’autres ! Oui mais il convient de rappeler la haute altitude, la pollution intense générée par tous les combis, et son corollaire, le trafic, semblable à celui de toute capitale Sud Américaine – l’anarchie en somme…autant dire qu’on n’est pas au bout de nos peines.
- la 2nde solution nous semble bien plus agréable et efficace et nous on adore le concept de multimodalité ! Eh oui, La Paz vient de se doter du plus grand réseau de téléphérique urbain au monde. Actuellement 3 lignes sont en service et 6 doivent suivre. Une aubaine pour les Pacéniens et pour nous cyclovoyageurs ! De grandes cabines spacieuses voyageant 70% du temps à vide doivent bien permettre d’accueillir notre chargement se dit-on d’autant qu’aucune réglementation ne semble interdire le transport des vélos.

Alors photo d’amis cyclos dans le téléphérique à l’appui (sait-on jamais, peut-être faudra-t-il parlementer) on se rend au terminal de la Linea Verde. Au guichet, tout est OK, on peut passer, au tourniquet, itou, mais « Non ! Attendez, vous ne pouvez pas passer avec les vélos ! » nous lance un agent de sécurité. Aïe ! Et c’est parti pour une longue discussion. Le responsable de station débarque, nous indique que les vélos sont interdits, il contacte le responsable qui lui confirme la décision… Mais quelle interdiction ? Où est-ce stipulé ? Rien ne l’indique.

On ne compte pas lâcher le morceau, on parlemente, on téléphone, finalement Laurent se rend à la station suivante dans une ligne désespérément vide de passagers, négocie avec le chef de station qui avoue lui-même grimper dans le téléphérique avec son vélo. Seulement une réunion survenue la veille interdit désormais le passage des vélos. Ah ben ça alors, pas de chance ! Quelques arguments viennent finalement à bout de la patience du jeune chefaillon qui nous autorise à passer mais nous avertit que le passage dans la ligne jaune sera une autre histoire. La fréquentation est bien plus importante et on ne nous laissera pas monter… On verra bien, l’ami !
Chacun investit une cabine, on jubile et on immortalise le moment, après 1h30 d’attente néanmoins…

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Conformément à nos attentes et aux mises en garde du chef de ligne Verde, la correspondance dans la ligne Amarilla ne coule pas de source. Tout le monde semble au courant de notre requête et tout le monde se réfugie à nouveau derrière la décision du chef de ligne, jaune cette fois-ci. On l’attend pour lui exposer nos arguments pendant qu’on assiste à un défilé de cabines vides, enfin, 1 personne par cabine dont la capacité est de 10 personnes…Au rythme d’une cabine toutes les 10 secondes, pendant 17 heures par jour, je vous laisse calculer le taux de remplissage !
Finalement, le chef ne pointera pas le bout de son nez et donnera son aval à distance pour nous laisser monter sans bataillage au bout de 30min ! Dommage on allait sortir le pique-nique et installer le campement sur le quai d’embarquement ! Cette fois-ci c’est tout le personnel qui immortalise le moment en nous prenant en photo !

Notre persévérance et patience ont payé et puis faut pas oublier d’où l’on vient, les transports et la mobilité c’est notre dada ! On finit par s’élever au-dessus de La Paz que l’on quitte heureux d’attaquer une nouvelle partie de l’aventure : le froid et désertique altiplano bolivien hivernal ! En espérant que cette expérience puisse bénéficier à de nombreux autres cyclistes !

Direction le Sajama, ou le plus haut sommet bolivien !

Dès la sortie de La Paz et El Alto, on file vers le Sud-Ouest, direction le Parc National du Sajama qui abrite le volcan éponyme et plus haut sommet de la Bolivie, à 6542m. Son approche par des chemins de traverse qui le contournent par le Nord est majestueuse. Vigognes et lamas en liberté nous accompagnent sur ces chemins de terre déserts. Une lagune abrite quelques flamants roses. Mais ce sont les volcans qui attirent toute notre attention, le Sajama évidemment mais aussi ceux qu’on surnomme « les jumeaux » ou Payachatas en langue Aymara (Parinacota et Pomerape) qui lui font face et marquent la frontière avec le Chili. On se familiarise également avec les villages fantômes qui émaillent la route, et qui seront nos plus fidèles déceptions dans cette partie du pays. Il devient important d’avoir les sacoches pleines de vivres et les bouteilles bien remplies d’eau pour passer quelques jours en autonomie notamment dans notre petit saut au Chili qui va suivre !

En attendant c’est changement de lune et nous nous réveillons dans une ambiance glaciale, paysage blanc et un vent à concurrencer notre cher mistral !

Interlude chilien

Le passage de la frontière se fait face à un vent glacial soufflant de l’Ouest et les innombrables camions boliviens nous saluent, devinez comment ? A grands coups de klaxon pardi ! Eux qui se rendent sur la côte chilienne pour vider les conteneurs à destination de la Bolivie, pays qui a perdu son accès à la mer depuis la guerre du Pacifique au détriment des chiliens.

Une fois rentrés au Chili, on se dévie vite fait de cet axe pour retrouver notre désormais chère piste sablonneuse et de tôle ondulée sous un vent violent et désormais quotidien, le tout afin de bien se préparer au fameux Sud Lipez que l’on veut affronter plus au Sud de la Bolivie. Les paysages sont surréalistes, des volcans de partout, certains fumant, d’autres offrants de bonnes sources d’eau chaude qui nous requinquent, les troupeaux de vigognes nous observent de loin. On goutte immédiatement à la gentillesse et à la générosité des chiliens…quelques fruits et beignets nous sont offerts. Ça change du rustre et arnaqueur bolivien !

L’intermède chilien s’achève au bout de 4 magnifiques mais dures journées où l’on aborde un premier Salar, celui de Surire que nous ne ferons que longer et qui est le cadre de vie de nombreuses vigognes, viscaches mais aussi des nandous (espèce d’autruche andine) que nous apercevrons galoper comme des fous à notre approche pourtant lointaine. Ce salar, ou étendue de sel créée par l’évaporation de l’eau il y a des milliers d’année et la présence de sédiments salins volcaniques, sera une belle introduction aux prochains déserts de sels que l’on souhaite franchir dans les prochains jours.

Retour aux sources salines boliviennes

De nouveau nous entrons en Bolivie et prenons rapidement la direction des fameux et gigantesques Salares du Sud-Ouest bolivien. Une étape de transition dans un petit village nous offre la chance et le plaisir d’être hébergés par une adorable famille d’agriculteurs boliviens, dont l’activité actuelle est l’ »éventage » de la quinoa, la désormais mondialement célèbre pseudo-céréale. Ils importent aussi des tracteurs d’occasion qui vraisemblablement viennent de France, et pour eux, une veine que nous ayons atterri chez eux « ils viennent du pays des tracteurs ! ». Nous allons pouvoir leur servir d’intermédiaire et traducteur dans leurs prochaines tentatives d’acquisition de machines agricoles françaises dès notre retour ! Voici notre reconversion toute prête et apparemment c’est lucratif !

En route vers Coipasa

Pour rejoindre le Salar de Coipasa, on suit une piste de sable faiblement marquée, nous nous retrouvons à pousser les vélos et à nous ensevelir dans les dunes. En arrivant aux abords du Salar, alors que nous pensons arriver dans la ville étape, nous nous retrouvons dans un bled minuscule et sans âme qui y vive, on salivait déjà à l’idée d’un bon almuerzo (menu du jour) fumant. A la place, le traditionnel repas du midi galettes salées-thon englouti, les idées et la boussole remises à l’endroit, nous nous engageons sur ce qui était jusqu’à présent un rêve dans notre voyage, rouler sur cette immensité plane de sel.

Mais cette première expérience prend des allures de tragédie. La fatigue accumulée aidant et quelques choix d’orientation peu convaincants de Laurent (qui souhaite ne rouler sur aucune trace de véhicule) vont mettre à mal l’ambiance lithico- électrique de la fin de journée. Nous revoilà perdus, mais cette fois-ci au beau milieu du Salar. Chacun campé sur ses positions, voici Julia en pleine crise d’hystérie avec la peur d’être complètement perdue et Laurent, vélo jeté, allongé en mode mutique prêt à rentrer à la maison ! Sympa le tableau n’est-ce-pas ? Les amis apprécieront et se feront une image de la scène précise !

Bon c’est pas tout, le calme revenu, nous repartons et arrivons rapidement au village de Coipasa (nous n’étions pas si perdus que ça !) sur des bordures de salar cependant un peu molles ce qui finit de nous achever physiquement.
Heureusement Doña Petronila est là, avec sa Casa de Ciclista non officielle et surtout ses tucumanes (empanadas de légumes et viande) et sa soupe de quinoa qui nous apportent réconfort et repos pour la soirée. Le lendemain, rechargés à bloc et accompagnés à vélo par Petronila qui nous met sur les bons rails, mais sous un froid intense accru par l’immaculée blancheur du salar, nous pouvons enfin pleinement profiter de ce Salar délaissé par les hordes de touristes et les 4×4. Avec un azimut bien défini, nous filons bon train sur ce désert craquant et compact où les sentiments de solitude et de liberté sont exacerbés.

C’est magique et féérique, des km² de sel en cristaux nous entourent, avec îles aux mille cactus et volcans qui semblent en lévitation pour seule démarcation du Salar. Nous traçons notre propre et unique route sur ce qui nous semble être la banquise, craignons même parfois de glisser sur les plaques de sel, nous adonnons aux traditionnelles photos de salar où le blanc à perte de vue permet de jouer avec le champ de profondeur… Ce sont 35km d’euphorie et de bonheur.

Cependant l’extase retombe aussi vite que le sol devient mou à l’approche des rives du salar. L’eau présente en profondeur rend la surface spongieuse, et les vélos n’avancent plus. Finie la rigolade, nous repartons au charbon, pied à terre et vélos tractés par nos bras… Nous débarquons enfin sur le plancher des vigognes mais mauvaise surprise, nous sommes loin de toute piste et quand nous atteignons celle se rendant au village le plus proche, elle est totalement ensablée et calaminosa, entendez par là en tôle ondulée qui vous meurtrit tête, cou, cervicales, dos et postérieur chaque 20 à 50cm. Se rendre du salar de Coipasa à celui d’Uyuni via Llica relève donc concrètement de la torture (pour nos vélos) ou du masochisme (pour nous qui nous imposons cela).

Heureusement, Llica s’avère une petite ville « agréable », toujours pas pour l’accueil de ses habitants mais dans le sens où ses boutiques sont relativement bien achalandées, où nous pouvons trouver du pain correct et où nous pouvons nous envoyer les 2 soirées où nous y sommes le désormais rêvé et obligatoire pollo con papas fritas. C’est aussi ici que nous rencontrons les premiers cyclos qui vont dans la même direction que nous et avec qui nous allons pouvoir faire un petit bout de route. Les trois catalans Pito, Xavi et Manel ont la patate, ils sont en Bolivie pour un mois « seulement » et rêvent de Salares, de Sud Lipez et autres aventures andines à vélo.

A nous Uyuni

Le lendemain, motivés et excités qu’ils sont à rouler sur le mythique Salar d’Uyuni, c’est même à l’aube qu’ils décampent, sous un froid glacial, nous laissant au dépourvu. L’entrée sur le salar se fait par une sorte de piste-digue, qui peut faire penser à une piste de décollage pour une autre planète. A 3660m, le vent bien dans le dos, c’est réellement un envol sur cette région d’un autre monde que nous prenons. Nous ne tardons pas à voir 3 petits points noirs au loin se rapprocher. La cadence est infernale, nous volons littéralement sur le Salar d’Uyuni, direction l’île d’Incahuasi, située en plein milieu des 10 500km² de l’ancienne lagune évaporée. Une petite séance casse-croûte accompagnée d’un show-nu à vélo sur la mer de sel pour Laurent réchauffe l’ambiance. Nous retrouvons le trio catalan pour achever les 80km du jour pliés en 3h30.

Malgré un côté plus « archi-fréquentation touristique en 4×4 » que le Salar de Coipasa, la magie opère aussi car du côté Nord-Est du salar, le trafic est moindre. Et notre rêve est devenu réalité, rouler sur la Planète Salée. Seul regret, la présence d’un fort vent rendra toute tentative de camping sur les plaques de sel aux contours géométriques impossible, et ce malgré la possession du matériel du parfait cyclo-campeur sur salar fournit par InBikeWeTrust quelques semaines auparavant. En espérant que le futur propriétaire des crochets magiques puisse en faire meilleur usage.
Nous voici donc sur l’île aux milliers de cactus géants et vidée de ses visiteurs éphémères. Nous nous émerveillons des couleurs du coucher de soleil et nous réchauffons d’une bonne bouteille de blanc Argentin offerte par un couple de voyageurs brésiliens en Camping-Car rétro.

C’est autour de cette bouteille partagée avec les amis catalans que se joue l’avenir bolivien des Cyclotoupix. Passage à Uyuni-Ugly-City ou décollage immédiat pour un Sud Lipez en équipée franco-catalane ?!

A continuación !