Charca de Guarinocito

¡ Colombia, bien chévere !

Bogotá le temps de l’adaptation

L’arrivée dans la capitale de la Colombie, perchée à 2645m d’altitude, nous plonge directement dans l’ambiance de la Cordillère. Mais finalement l’acclimatation se passe sans trop de souci, si ce n’est la fatigue accumulée des dernières semaines et du décalage horaire. On aurait même presque encore l’impression d’être en Europe, eu égard à la météo pluvio-orageuse qui nous poursuit, des températures fresquitas pour la saison (12-13° quand on est censé être en été et période sèche), et à la vue du quartier cossu où nous sommes hébergés par Greg, un ami et ses colocs Rodrigo et Clément…petite boulangerie à la française et baguettes au prix parisien au coin de la rue.

Après un passage dans le centre historique, la Candelaria, et la visite de quartiers périphériques animés, la Macarena, la Soledad où tout le monde célèbre la Sta Lucía en installant des velas (bougies) dans les parcs et les maisons, il est enfin temps de tester les vélos remontés… pas de casse apparente, c’est déjà une bonne nouvelle.

Lundi 08 c’est férié et comme tout Domingo y Festivo, c’est jour de Ciclovías : les grands axes de la métropole bogotana sont fermés à la circulation automobile pour pratiquer en sécurité le vélo, la marche à pied, le roller… Plein de petits ateliers mobiles jalonnent ces axes, petit contrôle pour nos vélos et c’est parti pour une sortie courte mais intense qui nous aura permis de nous tester à nous aussi grâce au passage du col Peaje Los Patios à plus de 3000m d’altitude dans les 2 sens.

Nous nous sentons fin prêts pour démarrer notre aventure en terres colombiennes.

C’est parti pour de vrai

Mardi 09/12 est le jour de notre vrai départ, normal, il pleut ! Grâce aux indications de nombreuses associations cyclistes de Bogotà nous quittons cette ville immense en suivant sur des kilomètres un grand axe par une piste cyclable qui nous mène droit sur…une autoroute ! Mais rassurez-vous, nous ne sommes pas les seuls cyclistes et d’ailleurs il nous est recommandé par tout un chacun de suivre d’une manière générale les grands axes pour plus de « sécurité » géopolitique. On essuie un bel orage (ce qui sera une constante pendant toute la 1ère semaine de pédalage), de belles giclées de bordure d’autoroute en pleine figure et on arrive sous le soleil dans un petit village, Subachoque, où nous avons un contact pour y passer un peu de temps.

Une belle rencontre

Andrés et sa petite famille – Alexandra et Lila leur petite fille – nous accueillent les bras ouverts. Nous passerons chez eux 2 jours le temps de nous imprégner de la vie campagnarde.

Andrés produit des yaourts et du « fromage de yaourt » bio, avec du lait de vache que lui fournit un « ganadero » (éleveur bovin) situé à quelques encablures de chez lui. Il va nous montrer tout le processus d’élaboration du yaourt de manière strictement artisanale et nous y prenons part avec joie. Récupération du lait, pasteurisation, nettoyage et stérilisation des pots… nous y passerons quelques heures. Andrés est le président d’une association, La Canasta, qui regroupe une vingtaine d’agriculteurs. Cette association leur permet à tous d’avoir des aides de l’état et de pouvoir vendre sur des marchés locaux ou régionaux (chacun d’eux se rend à tour de rôle au marché de Bogotá pour vendre l’ensemble des produits minimisant ainsi l’impact carbone lié a transport).

Andrés envisage d’agrandir légèrement sa structure tout en maintenant son activité à son domicile. Pour cela et pour des raisons sanitaires, il a ainsi déplacé son atelier dans une pièce dédiée et réfléchit en termes de coût à l’acquisition d’une « machine à pasteuriser » (pasteurizadora). Oui mais le changement d’échelle d’une petite entreprise, ça pose beaucoup de questions…

Biologiste de formation et après plusieurs années passées à travailler dans des zones très sauvages comme la Guajira ou l’Amazonas, peuplées uniquement par des communautés indigènes, il s’est découvert une vocation pour le travail de la terre. Il occupe donc maintenant une partie de son temps libre à l’élaboration d’un potager bio où récupération des eaux de pluie pour l’arrosage et utilisation de tous les déchets organiques lui servent à composer son jardin dont il se sert au quotidien pour nourrir sa famille…quinoa, patates (qui sont des plantes originelles d’Amérique du Sud et dont il existe une multiplicité de variétés), choux, oignons, épinards …(on est en terres froides (2800m) donc des légumes plutôt d’hiver pour chez nous). Quelques plantes ou fleurs (calendula) aux vertus médicinales arborent également son jardin.

Nous avons été très heureux de partager ces quelques moments avec cette famille épanouie dont la philosophie de vie serait : travailler la terre et les produits avec ce qui nous entoure et avec parcimonie pour mener une existence simple, heureuse et en famille.

Direction Medellín : 450km (8h de voiture), 7000m de D+

Nous reprenons donc la route le jeudi rechargés à bloc, direction Medellín, située à près de 360km de là sur une autre cordillère, la Cordillera Central (eh oui! la Colombie offre une grande diversité de paysages et de climats grâce à ses 3 cordillères, ses 2 océans et sa mitoyenneté avec la partie amazonienne du Brésil).

Quelques jours nous seront donc nécessaires avec au programme de très longues descentes (il faut bien descendre de la Cordillera Oriental), des montagnes russes sur les piémonts, un peu de plat dans la vallée du Río Magdalena, et de belles montées pour atteindre les environs de Medellín à plus de 2600m puis Medellín à 1500m.

Les étapes varient entre 50 et 110km, on passe brusquement de 2800m à 300m, ce qui nous vaut dans ces contrées tropicales des montées faramineuses de température (heureusement pas corporelles, sur ce plan-là d’ailleurs rien à déplorer si ce n’est quelques douleurs liées au vélo et une petite fatigue quotidienne…). « Heureusement », les orages sont là pour faire baisser la note.

Sur le plan paysagistique, la végétation est luxuriante, les près verdoyants, des montagnes toutes aussi grandes les unes que les autres nous entourent et s’étalent à parte de vue. Question ambiance, beaucoup d’animations au bors des routes et dans les pueblos, des petits stands pour manger et boire de tout et à toute heure, de la musique qui résonne dans toutes les maisons et surtout une folle effervescence autour de Noel, les illuminations et les crèches fleurissent dans chaque maison.

Sur le plan rencontre avec les colombiens, on les sent curieux ou perplexes en voyant notre convoi et chargement, ils nous motivent par des pouces tendus vers le ciel, des encouragements, de belles illuminations de leurs camions ou encore quelques klaxons dans les oreilles qui tendent parfois à nous agacer lorsque nous sommes exténués ;)

On élabore peu à peu la stratégie essentielle du cyclo-voyageur : que va-t-on manger ? où va-t-on dormir ? l’eau du coin est-elle propre à la consommation ?

Bon et sinon pour ceux qui sont venus à bout de cet article, on va tout vous révéler : tout n’est pas rose dans cette période d’apprentissage et de rodage ! Notre matériel nous joue des tours (une tente mal fermée qui prend l’eau, un matelas crevé, un réchaud en panne), le temps nous en fait voir de toutes les couleurs (on parvient même à bouquiner le soir à la lueur des éclairs), on en bave dans des côtes infinies où même ce qui nous parait être des descentes se révèle être de cruels faux plats dans lesquels les camions en profitent pour nous asphyxier, on se fait dévorer par de voraces moustiques, les (trop) nombreux coqs s’invitent en plein milieu de notre nuit pour chanter à tue-tête des heures durant et la nourriture quotidienne des bords de route a eu raison de l’estomac de Julia !

Mais sinon, on adore, vraiment, faut juste le temps de se forger le mental ! Vivement la suite, la région du café et la descente vers le Sud de la Colombie !