Les fous du piolet (on faisait moins les malins il y a quelques minutes)

Ecuador a full

Notre première frontière terrestre

L’entrée en Equateur est symbolisée par le franchissement de notre 3000ème km depuis notre départ de Reillanne. Ce passage de frontière avec la Colombie n’a pas bouleversé nos habitudes, ni même la géographie, le climat ou les variations altimétriques. On continue à monter et descendre comme il se doit (verticalement parlant), car latitudinalement parlant, on va toujours vers le Sud…au milieu des volcans, éteints, inactifs ou actifs, on traverse de belles contrées, entre la vallée del Chota, semi-aride, les plaines de Cotacachi et d’Otavalo, bien verdoyantes sur les flancs fertiles des volcans, le tout ponctué de rencontres un peu plus « distantes » qu’avec les colombiens.

En revanche, on s’aperçoit quand même rapidement que nous avons changé de pays et pour la première fois on sent l’ambiance des Andes : habits traditionnels et traits indigènes plus marqués, musique à base de harpe et de flûte de pan et des lamas en veux-tu-en-voilà qui paissent en paix aux côtés des brebis, des vaches et des petits porcelets ! L’Equateur nous semble également bien paisible comparé à la Colombie, nous traversons des petits villages bien tranquilles, peu de motos ( et de trafic en général), moins de musique, mais toujours autant de klaxons ! Les équatoriens sont visiblement contents de nous voir et nous saluent par de grands signes de la main !

Un autre changement notable, quoique psychologique, va intervenir assez rapidement avec le passage de la mythique ligne imaginaire de l’Equateur, qui a donc donné son nom au pays (Savez-vous pourquoi ? si non, vous trouverez la réponse dans un prochain article pour les enfants !).

Dans notre quête du Sud, et à l’approche de Quito, la capitale équatorienne, il était donc temps que nous passions de l’hémisphère Nord à l’hémisphère Sud !!! Latitude 0°00’00’’S, et son lot de petits bouleversements (méta)-physiques…

Petite pause à Tumbaco casa de ciclista-Quito

Plutôt que Quito, nous préférons prendre nos quartiers à Tumbaco, à quelques kilomètres de la capitale afin d’éviter les risques et la pollution liés à une grande ville. Avec ses 2,2 millions d’habitants, ce n’est certes pas une mégalopole comme Bogotá ou México, mais à vélo, nous aspirons à des journées moins bruyantes et tumultueuses en restant à la « campagne » ! D’autant que nous avons la possibilité d’être accueillis dans notre première Casa de Ciclista.

Une Casa de Ciclista c’est quoi ? Il en existe plusieurs dans le monde, c’est un concept que chacun peut s’approprier en décidant d’accueillir gratuitement chez soi les voyageurs, généralement à vélo, qui souhaitent se reposer, se ressourcer, réparer leurs vélos, rencontrer d’autres cyclo-voyageurs et bien sûr la « famille d’accueil » ! En l’occurrence nous sommes reçus par Santiago, Ana Lucia et leurs 2 filles comme si nous étions chez nous. Il faut dire qu’ils ont 24 ans d’expérience d’accueil de voyageurs. Les 3-4 jours que nous avions envisagé de rester se transforment alors vite en une semaine, 10 puis 12 jours. Certains sont là depuis 2 mois !!! Ces quelques jours nous permettent donc de partager du bon temps avec tout ce beau monde, et de visiter les alentours, notamment la capitale Quito avec son quartier aux allures de ville coloniale, ses musées, et même son palais présidentiel (avec photo souvenir en prime !). Nous en profitons également pour découvrir quelques volcans dans la campagne environnante (le Rucu Pichincha, culminant à près de 4700m, et dont le départ de la rando est accessible depuis le téléphérique quiteño, le Pululahua qui possède un des seuls cratères au monde habité et cultivé, etc…).
Santiago, en grand connaisseur vélocipédiste nous concocte donc notre programme des étapes à venir et nous quittons presque à regret la douceur de vivre de la casa de ciclista, mais l’appel du Cotopaxi est plus fort !

Cotopaxi – en route vers les étoiles

Au Sud de Quito s’érige donc devant nous une « avenue de volcans », tous aussi hauts les uns que les autres, et dont certains semblent taquiner le ciel de leurs neiges éternelles ! L’un d’eux se démarque, aussi bien dans notre imaginaire que lorsqu’enfin nous le voyons se dresser à l’horizon, conforme à l’image que nous nous en étions faite : le Cotopaxi – Le Cou de la Lune en langue kichwa (quechua). C’est la montagne emblématique de l’Equateur par sa forme singulière de volcan « parfait » et par le fait qu’il est le volcan actif le plus haut du monde…5897m…boudiou, c’est pas rien ! Quoi qu’il en soit, c’est un peu notre rêve d’aller voir là-haut ce qu’il s’y passe. Alors c’est parti, nous nous donnons une semaine pour l’approcher lentement mais sûrement, tout en nous entraînant sur les volcans que nous croisons.

Ainsi, dès le lundi, nous monterons sur les flancs du Pasochoa à plus de 4000m, à pied, à 4000m sur les versants bien raides des Ilinizas, à vélo, bivouaquant bien souvent entre 3500 et 4000m dans les parcs naturels dont l’accès est gratuit ainsi que le bivouac. Ça c’est chouette !

Le vendredi, nous appréhendons enfin le géant, non pas de Provence, mais de la Sierra Norte. A l’entrée du parc du « Coto », on nous « enregistre », numéro de passeport à l’appui en spécifiant bien qu’avec nos vélos nous ne nous rendons qu’à une aire de campement (en effet, sans guide en rentrant, nous pourrions nous voir refuser l’accès au parc si nous indiquions que nous souhaitions hacer cumbre (monter au sommet))…Ces formalités un peu pesantes mais obligatoires effectuées, et même si ensuite, les gardes ne pointent pas les sorties (ça doit donc être juste bon pour les stats du Ministerio de Ambiente), nous rentrons dans le vif du sujet : giboulée cinglante et rafraîchissante de bienvenue sur les casques, et dans le même temps le Cotopaxi qui se découvre dans un rayon de soleil nous font nous rappeler les règles du jeu de la haute volcagne (néologisme rappelant que les risques ne proviennent pas uniquement du ciel) ! Nous voici à 3800m, campement posé accompagné d’un petit feu de bois (oups, on a fait brûler du bois d’une espèce endémique – pour notre défense déjà mort) pour se réchauffer et faire sécher les affaires et d’un chocolat bien chaud. L’ascension est prévue de nuit le samedi soir, nous avons donc un jour de repos.

Samedi, Alexis, notre super pana (ami) guide, nous rejoint avec notre matos (d’alpinisme, ou plutôt d’andinisme rapport à la cordillère) et le 4×4 (eh oui un moment de faiblesse nous a pris…) qui va nous conduire au point de départ à 4600m. Couchés vers 18h pour essayer d’emmagasiner du sommeil, il nous est presque impossible de fermer l’œil, le stress (n’)aidant (pas), jusqu’à l’heure du réveil…21h45 ! Le temps de manger un bout et de tout remballer, puis de monter au point de départ, il est déjà 23h30. On est dans le timing quand on aborde les premières pentes qui nous mèneront au refuge, à 4860m…plus haut que le Mont-Blanc dis-donc, ça fait peur !

De là, ce n’est plus qu’une histoire d’ascension sèche dans le glacier et les neiges éternelle mais également dans le brouillard, le vent, le froid et aussi au milieu des embouteillages car on n’est pas les seuls sur la voie normale ! Une ligne presque continue de loupiotes éclaire la « route », mais au fur et à mesure de l’ascension, ça se clairsème, sûrement les effets de l’altitude qui contraignent quelques cordées à abandonner. Pour notre part, on avance petit à petit, très lentement, mais sûrement, quelques nausées nous prennent, et surtout le sommeil. A chaque pause, Laurent tape sa micro-sieste sur son piolet. On grimpe en silence et intérieurement chacun se demande s’il va arriver à surpasser ses maux ou s’il va falloir déclarer forfait. Au bout de 4h de montée, on est à peine à 5400m, le chemin est encore long et la pente se raidit encore sous nos crampons. Heureusement, un magnifique ciel supra-étoilé nous laisse présager du meilleur tout là-haut. Devant nous un mur de neige et au sommet les étoiles… comme la sensation de ne jamais avoir été aussi près du ciel. Alexis nous encourage et contrôle la cordée… 6h du matin, le jour commence à poindre, et c’est un soulagement car cela nous extirpe de notre envie de dormir, d’autant que le sommet se laisse apercevoir. Ce n’est pas pour autant que nous partons en courant comme des fous, le froid, l’altitude et la pente qui s’accentue nous rappelant à la dure loi de la montagne.

C’est donc après 7h de marche que nos efforts sont récompensés, et de quelle manière…après avoir redouté le pire au départ avec le brouillard ambiant et persistant, nous profitons d’un spectacle juste inoubliable sous un soleil radieux : le cratère, d’un rond tracé au compas est parfaitement dégagé de même que les dizaines de kilomètres à la ronde. Nous sommes au-dessus de la mer de nuage et se profilent au loin le Chimborazo (point culminant de l’Equateur), les Ilinizas, le Cayambe, l’Antisana, tous les volcans aux cimes enneigées…Au bord des larmes, sous cette merveilleuse vague d’émotion, nous profitons d’un bain de soleil réconfortant avant d’entreprendre « la corvée » de la descente que nous bouclons en 2h30.

Arrivés en bas, il est 9h (du matin), on a l’impression qu’il est 22h, et pour unique envie retrouver notre petit lit douillet…Ah oui d’accord, non, c’est pas possible pour nous…du coup, après quelques kilomètres à vélo (!!), nous dégotons une caserne de pompiers où nous sommes accueillis et pouvons récupérer de cette aventure au milieu des pneus ! Eh oui, depuis quelques jours, les pompiers sont nos meilleurs amis, ils nous accueillent et nous offrent toutes les commodités dont ils disposent, un petit matelas au milieu de leur débarras, des toilettes, parfois une cuisine et même une douche : le grand luxe !

Récupération active et redescente en douceur

Dès le lendemain nous repartons, direction le Sud – après un petit crochet vers l’Ouest pour y découvrir un autre joyau géologique de l’Equateur, la lagune de Quilotoa, lac qui s’est installé au creux du cratère d’un volcan. Nous profitons encore pendant ces 3 jours des paysages et de cette ambiance bien particulière des Andes. Nous sillonnons à travers les vallées formant un patchwork de cultures (patates mais surtout maïs), les campesinos cultivent ces parcelles à la force de leurs bras sur des pentes extrêmement inclinées et nous croisons sur le bord des routes ces tout petits bouts de femmes lourdement chargées avec en prime les bébés sur le dos…

Pratico pratique : plus on est léger, mieux on se porte

Après quelques semaines de réflexion et un désir de s’alléger notoire, les côtes étant toujours plus longues et plus raides, nous avions décidé que l’entrée en Equateur serait aussi l’occasion de nous débarrasser du surplus. Résultat probant s’il en est, puisqu’après avoir renvoyé quelques menus articles en France, nous pouvons désormais circuler avec 6 des 8 des sacoches latérales que nous avions au départ, les 2 (trop) grandes de devant portées par Cortix étant remplacées par les 2 petites de Minix ! Ouf de soulagement, oui carrément ! Car au-delà du poids que nous gagnons (surtout pour Julia), c’est aussi moins de stress dans les virages serrés en descente que Laurent aime bien prendre à toute berzingue (avant ça n’arrêtait pas de toucher le sol et les sacoches s’abîmaient), un gain de place autour de la tente le soir, et moins d’affaires à surveiller et à se faire voler ! Bref, après 3 mois de voyage, on est toujours plus ou moins dans l’organisation des affaires qui s’est un peu complexifiée malgré un nombre restreint de bagages…eh oui, car maintenant, il faut mettre des affaires de l’un dans les sacoches de l’autre ! Pour y remédier définitivement, il faudrait encore que Julia se débarrasse de certains de ses pantalons (au nombre de 7 !!!!).

A bientôt pour de nouvelles aventures plus chaudes et mousticales !