le trio en po-pause véli-vélo

A Saute-Mouton à travers les Andes

Vous étiez en manque de nouvelles et de photos ? Nous avons effectivement un peu de retard alors voici un peu de lecture sur notre périple du mois d’octobre.

Cette fin d’année sera marquée par des visites de proches que nous attendons avec impatience afin de leur faire partager notre quotidien. Effectivement ces nouveaux protagonistes dans l’aventure Cyclotoupixienne n’ont pas eu peur de venir passer quelques semaines de « vacances » avec nous et de jouer le jeu jusqu’au bout en enfourchant leur monture !

Pour démarrer cette série, nous laissons la plume à Mathilde, une copine qui nous avait déjà accompagnés lors de notre humide semaine de départ entre France et Catalogne, venue passer le mois d’octobre dans les Andes entre Chili et Argentine.

« Voyager à vélo pendant 5 semaines avec Julia et Laurent voilà comment ça se passe :

Le programme de base prévoit des retrouvailles à Mendoza (Argentine) pour aller jusqu’à Puerto Montt (Chili) en passant par la région des lacs côté Argentin et Chilien : environ 1500 kilomètres de vélo !

A Mendoza il faut commencer pour moi par trouver un vélo qui : ne soit pas trop cher, mais quand même soit solide car on va beaucoup rouler et parfois sur des routes en terre et en mauvais état, supporte d’être chargé et comme on est en Argentine, ce sera un vélo argentin ce qui augmente les contraintes car le pays applique une politique ultra-protectionniste ce qui rend les produits importés difficiles à trouver et surtout très chers !

Une fois cette étape passée, ça y’est c’est le départ vers le Sud, vélos chargés et nous trois motivés !

Une fois sur le vélo comment ça se passe ?

Pour occuper nos longues journées nous avons de nombreux compagnons de route, tout d’abord des animaux :

- Des vaches par centaines et centaines : il en faut pour produire les quantités de viande mangées par les argentins

- De mignons mignons petits moutons : avec une laine épaisse et magnifique, il en faut pour tous ces bonnets et pulls en laine que l’on veut nous vendre (et pour ces Chilotes !), ah mais c’est aussi pour la viande évidemment

- De grands troupeaux de chevaux en liberté, ceux-là c’est plutôt pour la beauté des paysages, mais aussi pour la mortadelle.

- Quelques lamas, qui nous font bien rigoler par leurs comportements de groupe assez spéciaux

- Des chiens absolument pas rigolos eux, qui ont peur des cyclistes alors ils aboient (fort). Apparemment au bout de quelques mois on s’y habitue car les Toupix n’en ont absolument plus peur tandis que moi oui.

Mais également des camions, bus, voitures qui nous klaxonnent à longueur de route pour nous encourager ou nous faire virer du milieu !

Et enfin quelques compères un peu fous comme nous qui voyagent à vélo : un argentin qui remonte vers le Nord, deux Chiliens, cuisiniers, qui vont découvrir la cuisine du centre de l’Argentine et du Chili, un couple de français (grenoblois de surcroît !) qui terminent leur tour du monde en vélo à petite roues 400jours , un couple d’américains qui font le même trajet que Julia et Laurent et qui nous devancent légèrement sur la route, une famille française que Julia et Laurent connaissent déjà et avec qui ils iront à Chiloé (et si vous suivez bien ils les ont déjà croisés à Salta, comme les américains).

Les questions que l’on se pose toute la journée :

« Qu’est ce qu’on mange ? » : C’est LA question principale et que l’on se pose toute la journée, car en vélo on a faim !

Au final on aura mangé des pâtes, des pâtes et encore des pâtes et aussi de la polenta, du pain et du fromage, des patates, des pommes, de la compote de pommes, des bananes, des biscuits…Ça c’est la base.

A cela on ajoute : des asados dès qu’on peut (BBQ), des gâteaux-cake-tartes dès qu’on a un four, des crêpes (on reste français), du pop-corn (on est en Amérique), des alfajors (culture locale), du dulce de leche (trop rapidement terminé).

Et du vin ! On est sportifs mais on est dans une région qui se prête à la dégustation alors on n’a pas le choix … il faut goûter !

Pour les courses on a dans l’équipe un expert absolument imbattable sur le prix des denrées alimentaires. Il réalise l’exploit de connaître pour chaque produit son prix au kilo dans les deux pays, mais aussi d’établir une courbe de prix exacte de ville en ville. Et comme plus on descend au sud, plus c’est cher, ça donne matière à fouiner les meilleurs prix !

« Il fait quel temps demain ? »  Mystère ..

Lorsque l’on voyage à la fin de l’hiver argentin / chilien ; il faut s’attendre à avoir tout type de météo.

Du soleil à la neige, en passant par la pluie et le vent ; le temps tourne vite ici. On a eu droit une fois à un réveil neigeux-venteux-jour blanc. Et c’est là que nous avons passé la pire journée du voyage (dixit Cyclotoupix) à la douane argentine de Pino Hachado. Une journée entière à attendre dans la douane que l’on nous autorise au grand dam du général des gendarmes à dormir à l’intérieur.

Pour la pluie on a la solution : on avance d’arrêts de bus en arrêts de bus ; technique testée et approuvée, ce qui ne nous rassure pas vraiment c’est que plus on va vers le sud, plus les arrêts de bus sont spacieux et conforts. Est -ce le signe que les gens en ont vraiment besoin ?

 « Où on dort ce soir ? «  C’est souvent la débrouille, ce qui donne :

Beaucoup de nuits en camping ou bivouac : les argentins et les chiliens adorent le camping et il y a de nombreux campings dans les villages que nous traversons. Avec très souvent un barbecue et une douche chaude, c’est le bonheur ! Sinon on arrive à faire quelques beaux campings sauvages, notamment au bord des lacs chiliens avec des couchers de soleil à couper le souffle entre le lac et les volcans (et les feux de bois). Mais c’est souvent compliqué le camping sauvage car les bords des routes et des lacs sont généralement entravés par des barrières, donc dès qu’il y’a une possibilité il faut la saisir et ne pas avoir peur de se faire déloger par la gendarmerie en pleine nuit !

Les hébergements insolites : c’est surtout dans les petits villages argentins, dans des zones désertiques et pas très touristiques que l’on traverse au début de notre route que l’on pourra être hébergés dans une maison abandonnée par la police dans un village encore plus abandonné (Dique Agua del Toro), un centre de santé de campagne, une école-auberge, un gymnase, la douane, une caserne de pompiers.

Les hostels : où l’on utilise à fond le gaz pour se faire des provisions de cake, gâteaux, salade de lentilles etc…

Mais surtout les belles rencontres sur le chemin (improvisées ou par le biais de réseaux comme Warmshower ou Couchsurfing), qui nous permettent de découvrir la culture locale :

- Chez Lila & Fédé et leurs 4 filles, à Mendoza; C’est chez eux que nous avons été chaleureusement accueillis et où j’ai gouté mon premier asado argentin (barbecue à base de bœuf argentin) accompagné de vin de la région ou d’un maté .. voilà quelques-uns des plaisirs de l’Argentine !

- Chez José, qui nous accueille dans sa finca du bout du monde proche de Tupungato, perdu dans des champs de pétrole. L’ami José un peintre, voyageur, aux multiples facettes, une belle découverte inattendue !

- Chez Lilia qui nous ouvre les portes (interdites) du centre de santé rural où elle travaille en tant qu’infirmière 7 jours de suite 24h/24h. Jour de chance pour nous : ce soir-là une partie de sa famille débarque pour un asado (dans la cheminée, l’hiver n’arrête pas la saison des BBQ pour autant !) dans le centre de santé. On y passe une soirée très chouette avec cette famille bien vivante, curieuse et très chaleureuse !

- Chez les enfants de Bardas Blancas et l’instit Anibal, qui nous accueillent dans l’école-auberge perdue au milieu de la Ruta 40.  C’est un village reculé, de la région de Mendoza, où les enfants de 5 à 13 ans restent 18 jours de suite (weekends compris) à l’école et ensuite repartent dans leurs maisons pour 12 jours. Du coup les maîtres d’école sont là aussi pour 18 jours. Les enfants dorment dans de grands dortoirs, toutes les filles d’un côté, les garçons de l’autre avec chacun un minuscule casier pour leurs affaires personnelles. On a droit à une salle de classe pour nous, avec de supers matelas pour passer la nuit et on nous invite au dîner avec les enfants. Alors un repas avec 45 enfants surexcités c’est pas forcément de tout repos après une journée de vélo mais c’est insolite !

- Chez Cefe à Las Lajas qui nous invite dans son cabanon sur les hauteurs de la ville dans la partie agricole. Cefe, sculpteur, apiculteur, cavalier, éleveur de moutons… c’est l’homme aux multiples vies ! On y est bien dans sa cabane rustique, sans électricité mais avec un poêle, au milieu des champs et au loin les Andes toujours enneigées. On apprend à faire des tortas fritas (pains frits) et avec du miel local ou du dulce de leche c’est un régal !

- Dans la caserne de pompiers du Général Nelson à Cunco où l’on arrive complètement trempés et qui nous accueille dans sa petite caserne avec heureusement un poêle et une bouilloire

- Chez Paola à Coñaripe, avec une maison splendide au bord du lac, et des discussions politiques où l’on s’aperçoit que l’on a quelques divergences d’opinion. On comprend que Pinochet reste dans le coeur de certains chiliens un grand homme qui a fait du bien à la nation…

- Mais aussi chez de nombreux couchsurfeurs comme chez Jorge à Pucon, dans sa cabane sans eau chaude, mais avec de la bière pour un vendredi soir « retour à nos 20 ans », ou warmshowers chez Paola & Sergio à San Martin de los Andes, qui reviennent d’un voyage en France en vélo et qui nous prêtent un grande cabane, le luxe le temps d’une soirée ; Chez Ana-Maria & Ignacio à Villa La Angostura dans une véritable maison du bonheur pour cyclistes sur les rives du lac Nahuel Huapi, quasi un petit hôtel de voyageurs à vélo où l’on y croise plusieurs autres cyclos ; Chez Pablo à Puerto Montt, adepte de l’accueil Couchsurfing et Warshower, tout en déménageant et en travaillant énormément.

« L’étape de demain elle est comment ? » Ripio (route en terre) ou goudronnée ? Combien de D+ ? Et le pourcentage de pente ?

Histoire de savoir à quelle sauce on sera mangé le lendemain… et parfois c’est mieux de ne pas le savoir (50 km de ripio avec 700 de D+ avec une montée à 10% sur 1 km … Ahhh ! J’ai hâte d’être à demain alors !)

A savoir que les routes chiliennes sont assez terribles : les pourcentages de pente sont dingues (jusqu’à 18% sur du ripio !), et surtout les montées et les descentes s’enchaînent sans cesse. Côté argentin c’est plus cool et les pentes sont souvent plus douces. Heureusement les panneaux sont là pour nous rappeler que ça y’est ça grimpe !

Et on passe encore une frontière demain ? Bon ok alors il faut finir tout le garde-manger histoire de ne pas se faire dépouiller par la douane…En effet j’ai aujourd’hui une solide expérience en passage de frontière Chili-Argentine (4 fois au total).

« Waaaaah c’est beau ! Comment elle s’appelle cette montagne ? Et celle-là ? « 

Ouais parce que la route que l’on suit est tout simplement magnifique. On démarre assez loin des Andes, au milieu des vignes et du désert au sud de Mendoza, pour se rapprocher et suivre au plus près la cordillère. Enfin quand on arrive à Pino Hachado on fait la découverte des Araucarias, beaux pins endémiques et visuellement assez originaux. Ensuite on reste un moment dans la région des lacs (argentins et chiliens), immenses et magnifiques.  Et chaque fois on découvre une nouvelle montagne et des volcans qui plongent dans les lacs. Place aux photos !

L’heure du bilan

A l’arrivée de ces semaines de voyage : je laisse mon vélo en réparation à Puerto Montt (pour que Lucile la sœur de Laurent qui arrive prochainement puisse le récupérer en bon état) suite à une petite glissade sans gravité et j’essaye de faire rentrer toutes mes affaires dans mon sac-à-dos. Ça y’est je me transforme en mochilera (voyageuse en sac-à-dos). On s’offre le luxe d’un restau dans le marché de Puerto Montt et on voit des lions de mer profitant des rayons de soleil pour se faire bronzer ! C’est bien le début de la Patagonie et pour moi le retour à Santiago.

Voyager à vélo, c’est intense, c’est l’aventure tous les jours, c’est dépaysant et c’est vraiment une manière de voyager que j’ai adorée, surtout accompagnée de mes amis Julia et Laurent ! Merci pour ces semaines passées ensembles, difficiles à résumer rapidement mais j’espère en avoir donné un aperçu réaliste. En tous cas si vous hésitez sur cette forme de voyage, sautez le pas vous ne serez pas déçus !

Après un mois à jouer à saute-mouton avec la frontière entre Chili et Argentine pour en apprécier les différentes facettes paysagères : routes désertiques et lacs de haute-montagne du côté argentin, et végétation verdoyante et volcans aux cônes trop parfaits plongeant dans les eaux limpides des lacs côté chilien, nous quittons Mathilde avec qui nous avons pris bien plaisir à partir à l’aventure.

Merci beaucoup d’être venue partager un bout de ce voyage, d’avoir cassé notre « routine » et surtout bravo de t’être adaptée à ce rythme intense, à ces conditions parfois difficiles et d’avoir fait tout ce bout de chemin, du centre de l’Argentine aux portes de la Patagonie ! Un seul regret sur l’enneigement encore bien présent en ce début de printemps qui ne nous a pas permis autant qu’on l’aurait voulu d’aller explorer quelques sommets à pied…

Nous avons avancé à bon rythme et sommes arrivés à Puerto Montt à temps. Nous y attendons désormais nos deux visiteuses suivantes, Lulu et Maïou, qui vont prendre le relais pour affronter avec nous et à vélo toujours une partie de la Carretera Austral. Mais avant cela, nous disposons d’une semaine devant nous. Alors que vont choisir les Cyclotoupix ? 7 jours de farniente à rêvasser et à rafistoler vélos et matos qui commencent à souffrir de la longueur du voyage ? Ou 7 jours à repartir sur les vélos comme des fous pour visiter des contrées qui évoquent des paysages et des cultures incroyables ?

La suite dans un tout prochain article !