De Chiloé et de bonnets Chilotes

De Chiloé et de bonnets Chilotes

C’est au lendemain d’un bon repas sur le port de pêcheurs de Puerto Montt, à base de saumon et de merlu frits que Mathilde nous quitte. Elle va passer les quelques jours qui lui restent en mode « sac-à-dos » ou mochilera avant de repartir en France, à Chiloé, une île dont le seul nom évoque mythes, légendes et pluviométrie hors-normes.

Quant à Lucile et Maïwenn, elles débarquent à leur tour, à Puerto Montt toujours, d’ici une semaine. Le programme initial était de parcourir avec elles Chiloé avant de prendre la mer pour rejoindre Puerto Chaitén sur la Carretera Austral et poursuivre vers le Sud. Cependant, quelques témoignages de cyclos passés par Chiloé nous ont fait réfléchir à la pertinence de s’aventurer sur un relief plutôt très vallonné dès la descente de l’avion. Nous revoyons donc les plans et ni une ni deux, nous reprenons illico les vélos pour parcourir de notre côté un petit bout de l’île mystérieuse. Histoire de confirmer les dires des cyclistes aussi ! C’est donc parti pour 6 jours d’aventure îlienne, en compagnie des Garioud que nous avons à nouveau retrouvés aux portes de la Patagonie. Ils ont toujours autant la pêche après un mois en van et en famille et la réputation pluvieuse de Chiloé ne leur fait pas peur malgré le vol de leur équipement de pluie à Bariloche.

Le top départ est donné le samedi 31 octobre aux abords du marché bien vivant de Puerto Montt. Et on commence par quoi pour donner le ton ?! Une belle côte aux pourcentages frisant les 15%. Eh oui, avant d’aborder la côte chilienne, il faut bien avoir en tête que la Cordillera de la Costa, qui s’étend sur quasiment toute la longueur du Chili va donner du fil à retordre à tous ceux pensant que le littoral est plat… Et justement Chiloé aussi est issue de cette formation géologique qui rend l’île très collinaire, les ingénieurs civils ayant fait le reste !
Le convoi est bien lancé sur la Ruta 5 pour atteindre l’embarcadère de la barcaza qui nous mènera en une petite demi-heure sur Chiloé. Le vent, de Sud, qui explique la présence du soleil, mais qui rend le fond de l’air un peu frisquet, agite cette étroite passe, et le roulis entraîne le bac dans un doux tangage qui nous endurcit en vue de nos futures expéditions maritimes…

A peine posé le pied sur l’autre rive, tout devrait changer. La pluie devrait s’abattre sur nous, les habitants ne s’appelleraient plus Chilen-o/a-s mais Chilotes, et seraient tous coiffés d’un bonnet en laine (ça on ne sait pas d’où ça vient mais entendu sur notre chemin). A notre plus grande surprise, le soleil est toujours de la partie laissant même entrevoir quelques sommets de la Cordillère des Andes surplombant la Carretera Austral, sur le continent, et jusqu’à nouvel ordre, le Chilote, qui en revanche s’appelle bien comme ça, ne porte pas de bonnet. Un premier bivouac, feu de camp et shamallows grillés face à la baie (ou Seno de Reloncavi) laisse augurer du meilleur en cette veille d’Halloween que Thomas et Lola souhaitent pleine d’histoires de sorcières et de monstres

Les jours suivants, le soleil irradie littéralement l’île, et le Chilote, peu habitué à de telles chaleurs, a définitivement troqué son bonnet pour se planquer au frais dans sa maison, possible qu’il ait même eu des intentions de trafiquer sa plomberie afin de retrouver l’humidité « normale ». Bref, mais pourquoi un tel flan sur la pluie et le beau temps à Chiloé vous nous direz ? Eh bien, parce qu’en temps « normal », sauf que plus rien n’est normal sur cette planète de nos jours, il pleut 300 jours sur 365. On peut alors dire allègrement que nous avons grillé 10% du stock annuel de soleil de l’île.

Pour nous, cette petite escapade sur le littoral Nord-Est de la grande île de Chiloé, agrémentée d’un petit saut sur une plus petite île, celle de Quinchao, aura été parfaite. Camping à tout va, bronzage cycliste réactivé, petit resto fruits de mer sur la terrasse face à la mer, vue sur les nombreux volcans que peut-être nous ne reverrons pas sur la Carretera Austral, visite des petits villages finalement bien colorés, avec leur drôle d’églises anciennes et leurs maisons sur pilotis, les palafitos, le tout taillé dans le bois, et rencontres avec quelques chilotes du cru bien aimables, surtout les Mauricio(s) ! L’un d’eux (un des Mauricio entendez) nous aura gentiment offert une bouteille qu’il voulait être de liqueur de Murta (petite baie arbustive), et nous en avons conclu qu’il s’agissait plutôt d’un jus d’abricot frelaté. Quand on vous dit que tout va de travers ! La seule chose qui aura été confirmée, c’est l’aspect vallonné du littoral chilote. C’est même un doux euphémisme puisque les pistes caillouteuses de l’île ne sont qu’une succession de montagnes russes oscillant entre 10 et 19% de pente.

La question à la fin de ce séjour exotique en terres chilotes est : va-t-on payer cette incroyable fenêtre de grand beau sur la suite de notre parcours, en terres australes ? La suite et la réponse à cette question pour très bientôt, nous laisserons à cette occasion de nouveau la plume à nos visiteuses !