Un grand bol d'air frais et de bonheur !

Pérou : les gringuitos débarquent !

De même que nous pouvons dire après la pluie le beau temps, après l’Equateur, le Pérou ! Et en espérant que les cieux soient plus cléments avec nous.

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Le Pérou fait partie des étapes mythiques de notre voyage tant ce pays résonne dans notre esprit comme une terre tellement riche en Histoire, précolombienne mais aussi préincaïque avec une multitude de sites archéologiques qui jalonnent l’ensemble du Pérou, en diversité culinaire (l’inconditionnel et incontournable ceviche entre autres), et paysagère avec ses hauts-plateaux notamment et son fameux altiplano que nous avons hâte de découvrir et parcourir.

Dès notre entrée dans le pays nous notons clairement le changement de dimension. Le niveau de développement paraît très faible en comparaison avec l’Equateur (rare eau potable, gestion des ordures plutôt particulière -jet de piles dans les caniveaux, on nous suggère de nous débarrasser de notre poubelle dans les cours d’eau-, peu de voitures sur les routes…) et l’éducation dans les zones rurales en est à ses balbutiements (nous traversons de nombreux villages qui semblent initier le processus d’alphabétisation et les écoles semblent très récentes). La pauvreté aussi est marquante et nous la notons particulièrement dans les villages. Les maisons sont majoritairement construites en adobe et en bois, le sol est en terre et le toit constitué d’une simple tôle, il y a souvent une pièce unique dans laquelle cohabitent tous les membres de la famille et quelques animaux de basse-cour (canards, cochons – d’inde ou pas…).

Ensuite nous sommes impressionnés par la diversité des paysages, nous passons rapidement de zones semi-désertiques peuplées de cactus à une végétation luxuriante, en montant en altitude nous pouvons apprécier l’immensité des paysages, vivre nos premières montées infernales en zigzag et profiter de descentes interminables !

T’es Gringo ou amigo ?

Dès notre entée dans le pays nous sommes mis dans le bain, nous sommes des gringos et les péruviens ne manquent pas de nous le rappeler à notre passage et les « gringos ! » fusent sur un ton plus ou moins sympathique. Les enfants ne sont pas en reste puisqu’à peine en équilibre sur leurs deux jambes ils nous lancent déjà des «gwingooo !» à tue-tête, ou mieux ils partent en courant se cacher sous les jupes de leur mère. Visiblement nous faisons peur !

Nous comprenons vite pourquoi car les enfants sont malgré tout curieux et nous rencontrons deux petits bambins qui nous posent mille questions et nous racontent surtout tout un tas d’histoires sur les gringos qui volent les enfants péruviens. Mythe ou réalité, on les rassure sur nos intentions en leur expliquant qu’on ne va pas s’encombrer de poids supplémentaire sur notre porte-bagage ! En échange on leur raconte quelques histoires sur les péruviens qui agressent et volent les cyclotouristes… simple échange d’informations !

La route débute donc dans cette zone peu fréquentée des touristes, les montagnes où l’on cultive café et bananes sont suivies d’immenses vallées où alternent les zones sèches désertiques et les zones plus fertiles où s’étendent des rizières à perte de vue. Il faut bien nourrir toute cette population sud-américaine dont l’aliment de base est le riz, matin, midi et soir! En s’approchant de la selva, on longe ou traverse de grands fleuves comme le Marañón qui viennent ensuite alimenter l’Amazone.

Nous faisons étape dans notre première grande ville péruvienne, à Jaén chez Miguel un warmshower. Cette pause nous permet de nous retaper ainsi que nos vélos dans l’atelier que son père a créé il y a 50 ans. Il n’y a pas une très grande culture vélo dans ce pays en général, et dans cette ville en particulier où la moto-taxi, qui prolifère par milliers, est le principal moyen de transport, mais l’atelier a désormais son aura dans la région et ça ne désemplit pas.

Une autre étape sur le chemin dans un petit caserío – ensemble de maisons – nous offre la possibilité de faire connaissance avec une jeune famille. Malgré la pauvreté patente (pas d’eau courante, pièce à vivre unique partagée à 5 sans compter l’élevage de cuyes), leur générosité est sans limite ; ainsi ils nous offriront le gîte et le couvert et un petit déjeuner de fête avec de bons fruits bien mûrs (papaye et pastèque) issus de leur chacra – champs – accompagnés d’un bon cuy frit. On commence à y prendre goût, même si au petit-déj, c’est particulier.

Regonflés de protéines, nous repartons à l’assaut des routes entravées d’éboulis provoqués par les intempéries récentes (eh oui, on dirait bien que ça nous poursuit !) et faisons escale dans un petit village où l’accueil est toujours aussi chaleureux. San Pablo de Valera est un point de départ de la randonnée qui mène à la 3ème cascade la plus haute du monde, la catarata de Gocta, mesurant 771m en deux chutes distinctes. La cascade est impressionnante et nous en profitons pour laisser nos vélos au repos et dérouiller nos mollets.

De nouveau en selle et après une belle et longue remontée du Río Utcubamba, nous parvenons alors à Chachapoyas, capitale provinciale de cette partie de la région Amazonas.

A la découverte de la civilisation des Chachapoyas

Cette ville dont l’attractivité touristique commence à prendre de l’ampleur si l’on en croit le nombre d’agences proposant des tours dans la région, est bien agréable et possède un certain nombre de pâtisseries-boulangeries desquelles nous nous attachons à faire le tour pour assouvir notre gourmandise. Le pain de Chacha est particulièrement réputé et les boulangeries débordent de ces petits pains tout chauds ! Mais c’était aussi et surtout le centre névralgique de l’ancienne civilisation disparue des Chachapoyas, peuple ayant vécu de 500 à 1500 après JC soit bien avant les Incas, c’est pourquoi tout autour de nombreux vestiges ont été découverts. Nous poursuivons notre exploration de la région en faisant escale à Tingo que nous rejoignons par une route secondaire déserte et magnifique pour entreprendre la randonnée nous menant à Kuélap.

Ce site mythique est une ancienne forteresse Chacha découverte en 1943, située à 3000m d’altitude au sommet d’une montagne, octroyant une vue panoramique à 360° sur tous les alentours. Un poste stratégique s’il en est. Le site est impressionnant, et le seul fait de penser à la manière dont la quantité de blocs de pierre a été acheminée jusqu’ici fait frémir. Près de 500 maisons circulaires y ont été dénombrées dont les fonctions étaient aussi bien d’habitat que de commerce (artisanat) mais également des vestiges de tour et de temple ont permis d’identifier des fonctions militaires et rituelles religieuses de l’ensemble monumental. D’ici 2016 le site prévoit d’augmenter nettement sa fréquentation touristique grâce à la construction du premier téléphérique péruvien (de marque française Pomagalski) qui permettra une ascension directe jusqu’au pied des ruines. Pour notre part nous ne regrettons pas nos 7h de marche et ne sommes pas mécontents d’être arrivés avant et d’avoir profité de la tranquillité du site !

Nous nous rendons également à Leymebamba, petite bourgade agréable qui accueille un musée, construit récemment suite à la découverte de nombreux vestiges et sépultures parfaitement conservées, au bord de la « laguna de los Cóndores » à quelques kilomètres de là. Très bien conçu, il nous permet de mieux comprendre le développement territorial de ce peuple, mais aussi ses rites et son mode de vie. Le clou du spectacle si l’on peut dire réside dans l’exposition de momies humaines dont certaines sont encore en parfait état de conservation. L’extinction des Chachapoyas, datée de 1532, comme la plupart des civilisations précolombiennes, est malheureusement bien liée à l’arrivée des conquistadores espagnols venus piller et conquérir le continent sud-américain.

Cet intermède culturel nous donne un nouvel élan. Et il va falloir du courage car de la vallée de l’Utcubamba s’amorce alors l’ascension de la Cordillère Centrale. Eh oui, ici aussi la géographie du pays n’est pas aussi simple qu’on avait pu se l’imaginer.

Remontée infernale sur la cordillère

Contrairement à ce que nous pensions, les Andes ne sont pas qu’une chaîne de montagnes composée d’un versant Occidental, d’un autre Oriental, et d’un Altiplano bien plat et continu au milieu. Les montagnes russes ont dû usurper leur nom, puisqu’elles se trouvent bel et bien ici en Amérique du Sud ! Pendant quelques jours, c’est spaghettis-party, les routes s’enchevêtrent, on tortillonne dans tous les sens, on grimpe, on descend, puis on regrimpe, etc etc…ça n’en finit jamais en somme et on en perd complètement notre sens de l’orientation ! Le record, c’est quand même de parvenir à parcourir 160km pour seulement 40km à vol d’oiseau entre Leymebamba et Celendín. Les condors doivent bien se fendre le bec à nous regarder tandis qu’on est repu des pieds à la crête ! Mais c’est quand même le pied de passer un col à 3600m d’altitude dans le froid et les nuages et de descendre d’une traite à 800m d’altitude, en pleine chaleur en parcourant 60 km de pure descente.

Mais on avance, poco a poco, de frente (tout droit) comme nous l’indique tout péruvien à qui nous demandons notre route, peu importe si le choix devant une patte d’oie doit se porter sur la droite ou la gauche.

On suit notre chemin vers la Cordillera Blanca, bien aidés à deux reprises par bus ou 4×4 qui nous chargent en vue d’éviter des tronçons pluvieux et/ou trop raides et accidentés. Ces variations altimétriques et ces dizaines de km glanés nous offrent à nouveau des changements brutaux de paysages. De vallées désertiques en hauts-plateaux verdoyants en passant par des décors de montagnes déchiquetées par les nombreuses exploitations minières, nous souffrons alternativement du soleil accablant, du froid ou d’une affligeante tristesse pour cet environnement maltraité.

On continue notre route dans ces montagnes impressionnantes, les mines d’or ou d’argent grignotent ça et là les reliefs, la misère des villages miniers est notoire et la pollution et la diminution des réserves en eau insidieuses et inéluctables, d’autant que tout se fait sur le dos des péruviens qui n’en retirent aucun bénéfice. De là émane certainement une partie de leur abhorration du blanc nord-américain, le fameux gringo, qui, par abus de langage sert à désigner désormais tout être non péruvien (ou par défaut de culture géographique et/ou racisme mal occulté ?). Ils ont beau nous dire que l’interjection est cariñosa (amicale), quand c’est lancé sans salutations préliminaires et avec des éclats de rire du type sarcastique sur notre passage, on a du mal à bien le prendre ! Notre vision du voyage étant « d’aller à la rencontre de », et comme le voyage à vélo ouvre justement cette fenêtre de façon sûrement un peu plus importante que pour d’autres manières de voyager, la relation à l’autre nous affecte, en bien ou en mal, dans notre quotidien.

Alors bien souvent, on ravale notre fierté, ou parfois on tente un dialogue souple, raisonné et cordial, ou – cas extrême – quand on en a plein les jambes, les oreilles et l’estomac, on leur gueule leurs quatre vérités et là ils restent quelque peu interloqués et n’ont finalement pas grand-chose à dire sur leur acception du gringo. Oui, oui, on a fait notre petit esclandre sur la place du village de Cachicadán, l’occasion d’avoir un vrai débat sur la question et de se soulager un peu aussi !

Mais au final, c’est bien nous qui sommes attristés de la situation et du peu d’éducation dans ce pays, car on sait bien qu’au prochain pueblo la rengaine reprendra. Par chance l’état d’esprit et l’amabilité varie aussi vite que les paysages alors nous nous adaptons et inventons chaque jour de nouvelles stratégies tout en essayant de prendre de bonnes résolutions et de dégager de bonnes choses pour s’ouvrir à de positifs échanges ! Et heureusement il est toujours dans tous les villages des gens aimables, généreux, curieux et respectueux pour nous accueillir ou nous parler d’autres thématiques. C’est ainsi que nous avons pu vivre paradoxalement dans ce même Pérou, les plus grands moments de partage et de générosité .

Allez, après toutes ces aventures on s’auto-prescrit un peu de repos pour se requinquer, reprendre ses esprits, passer quelques commandes suite à quelques épisodes massifs de perte et de casse pour que nos premiers et très prochains « visiteurs » puissent nous réapprovisionner.

D’autant que nous voici au pied de la Cordillera Blanca, les sommets nous éblouissent de leur immaculé manteau neigeux (c’était Semana Santa il y a peu, on en profite pour jouer sur le même registre liturgique), le soleil brille de mille feux et on est simplement heureux !

Plus de photos sur le Pérou (et les autres pays si vous ne les avez pas encore vues) ici

Et pour savoir où on est actuellement, la page Où Sommes-Nous ? a été mise à jour !

Vél’anecdotes :

A l’approche des 5000km parcourus et après 4 mois de voyage, c’est aussi l’occasion de connaître nos premiers maux et déboires de voyage, qui sont autant d’anecdotes drolatiques - a posteriori :

- Deux gamelles pour Laurent : il n’avait pas pu s’en prendre une bonne au ski cette année alors il a choisi une bonne glissade dans la gadoue, plutôt impressionnante vue de derrière (et malheureusement il n’était pas d’humeur à immortaliser ce moment). Au final plus de peur que de mal puisqu’il s’en sort seulement avec quelques égratignures au corps et aux sacoches et il récidive quelques jours plus tard dans un pierrier, cette fois-ci au point mort donc sans gravité.

- Une bonne bronchite pour Julia après avoir passé 3h à attendre un bus fantôme à 4000m d’altitude avec les pieds trempés : on soigne ça avec les moyens du bord, 3 bonnes seringues dans les fesses et un bon grog bien chaud !

- Une belle frayeur sur la route, ou comment manquer de se faire écraser par un taxi péruvien qui préfère, dans un virage et voyant arriver un autre véhicule en face, faire un dérapage et s’intercaler entre nos deux vélos plutôt que d’anticiper en freinant. « Oui tu comprends je ne peux pas freiner en côte car sinon ma voiture ne redémarre plus donc il fallait que j’accélère… ». Résultat, une bonne crise de nerf mais pas de dommages.

- Se faire virer d’un hôtel et vivre la première grosse prise de tête du voyage : prenez un proprio lunatique, fantasque et menteur qui vous propose la chambre la plus pourrie de son hôtel (certes pour la modique somme de 10 sol (3,3€)), insistez pour avoir de l’eau dans les toilettes et de l’eau chaude dans la douche, un brin de wi-fi, et de passer une 2ème nuit dans son taudis, ça fera un proprio tout chaud ! Et hop dehors !